Pas l’temps d’niaiser!

Nouvelle entrée aux expressions québécoises popularisées par les nouveaux médias: «objet A, objet B, pas l’temps d’niaiser».

Ce qui me frappe, c’est la vitesse à laquelle elle s’est propagée. Ce n’est qu’en août, la vidéo faisait son apparition sur Youtube et sur les blogues. Dimanche soir, elle sortait de la bouche de Joël Legendre en ouverture du gala des Gémeaux: «Enveloppes, trophées, pas l’temps d’niaiser».

Le français aux Jeux olympiques: le fragile héritage de Pierre de Coubertin

C’est à l’initiative du baron français Pierre de Coubertin qu’est fondé le Comité international olympique (CIO) en juin 1894. Le français est alors la langue des relations internationales, au même titre que l’anglais l’est aujourd’hui. Il était naturel qu’il s’impose comme langue officielle du CIO. Mais Coubertin avait aussi le souci des autres nations et ne voulait pas laisser sa propre incapacité à bien se faire comprendre en anglais empêcher les communications officielles. Le CIO institua aussi l’anglais comme langue officielle, mais de second rang. Ainsi, le français en tant que langue internationale (non en tant que langue maternelle de Coubertin) ferait autorité au CIO.

Le français est aussi la seule langue officielle pendant les Jeux, point. Le protocole olympique stipule que la langue officielle du pays hôte devrait servir pour traduire les informations dans les stades s’il y a crainte que le français ne soit pas bien compris. Il est alors légitime que Londres, Sydney, Vancouver et Salt Lake City utilisent l’anglais, mais pas Athènes, Turin et Pékin.

Le français, toujours une langue de communication internationale

Depuis la fin des années 1980, plusieurs voix se sont exprimées en faveur d’un changement de langue. Maintenir le français dans l’organisation des Jeux est devenue une contrainte qui n’a plus d’exigence pratique. À leurs yeux, que la langue anglaise soit devenue la langue véhiculaire privilégiée justifie de la prioriser sur le français ou tout autre langue locale du pays organisateur.

Mais que l’anglais s’impose comme langue véhiculaire n’a rien à voir avec un déclin démographique du français ni même une dépréciation de sa valeur diplomatique. Le français est toujours une langue officielle dans au moins 35 organisations internationales parmi lesquelles figurent l’ONU, l’Union européenne, l’OTAN et l’OCDE. Il est aussi la seule langue avec l’anglais à être enseignée dans toutes les universités du monde.

Le français reste une langue internationale, même si la popularité des États-Unis et le Commonwealth rendent l’anglais plus attrayant et plus parlé.

Hommages et traditions

Au-delà des débats sur l’internationalité et le prestige des langues, un homme a réuni 2000 personnes à Paris en 1894 pour rétablir l’olympisme. Combien d’événements centenaires ont traversé les deux guerres mondiales? Combien d’événements peuvent se targuer d’être un symbole de paix, d’engagement, de dépassement et de rassemblement?

Les Jeux olympiques ont survécu les hommes qui les ont vu naître. Ce n’est pas pour rien que la délégation grecque défile en premier au son de leur hymne, et ce, depuis 116 ans. Pourtant, personne n’oserait remettre en question cet hommage parce que la Grèce n’est plus l’inspiration sportive qu’elle était!

Doit-on ainsi remettre en question l’hommage rendu au « rénovateurs » des Jeux sous prétexte que le français n’est plus la langue internationale la plus utilisée?

Poser la question, c’est y répondre.

Tout va très bien, Madame la Marquise!

Voilà la chanson écrite par Paul Miskari en 1936 qui a popularisé l’expression tout va très bien, Madame la Marquise. Joli ver d’oreille, n’est-ce pas?

La chanson est le plagiat du sketch Tout va bien de Bach et Laverne (1931, «tout va bien, Monsieur l’Marquis»). Bach et Laverne aurait plagié la Comédie anglaise de Gabriel de Lautrec (1893, «pas autrement, milord»). Mais voilà, Lautrec aurait pu, à son tour, s’inspirer d’auteurs de son époque.

Ce procédé humoristique aux péripéties désastreuses entre maître et serviteur remonte aussi loin que le XIIe siècle, sous la plume de l’espagnol Pierre Alphonse (Disciplina clericalis, exemplum XXVII).

Consultez l’article du site Du temps des cerises aux feuilles mortes à propos de cette chanson pour plus de renseignements!

Se souvenir de se rappeler que…

Il fut un temps où le verbe souvenir était un verbe impersonnel. À l’image de convenir, les gens disaient «Il me souvient que…». À l’époque, d’autres verbes portaient le sens que l’on donne aujourd’hui à se souvenir de  comme se membrer de, se remembrer de, se ramembrer de, se racorder, etc.). Aux XIIe et XIIIe siècles, tous ces verbes pronominaux sont disparus au profit de se souvenir et de se rappeler. Rappeler, dans ses sens les plus communs, a toujours été un verbe transitif direct, c’est-à-dire qu’il appelle un complément direct.

Deux verbes. Deux historiques d’emploi transitif. Et l’héritage d’une préposition abandonnées par des mots éteints.

Mais les prescripteurs de la norme ont tranché : se souvenir est transitif indirect et se rappeler est transitif direct : on « se souvient de » et on « se rappelle que ». C’est clair, c’est net, c’est précis. Enfin, jusqu’au moment où vous devez pronominaliser vos compléments! Jugez par vous-mêmes: la Banque de dépannage linguistique a recensé tous les cas d’exception concernant « se rappeler de« .

La Banque termine sa rubrique avec l’explication suivante :

En conclusion, même si se rappeler de, sur le modèle de se souvenir de, est bien attesté depuis le XVIIIe siècle, autant chez les grands auteurs que dans la langue générale, les grammairiens, bien qu’ils soient unanimes à constater que cet emploi est très répandu, se montrent encore réticents à admettre cette construction, et force nous est de devoir encore nous plier à ces règles si l’on veut se conformer à la norme grammaticale.

La BDL ne mentionne pas que se souvenir que est lui aussi attesté dans la littérature: Voltaire, Rousseau, Machiavel, l’Abbé Prévost et Alexandre Dumas, entre autres. Aussi, je me souviens que obtient beaucoup plus d’occurrences sur Google Books que je me rappelle de.

Affiche vue à l’intersection Charest-Marie-de-l’Incarnation à Québec, le 23 juin 2012.

Le plus aberrant est que ni l’usage ni la littérature sont assez convaincants pour nos puristes grammairien. Eh bien soit! Je vais m’en rappeler!

L’expertise du rédacteur professionnel

La langue est un système abstrait et complexe qui n’est observable que par les manifestations vocales de ses locuteurs. Autrement dit, la langue est un code qui s’inscrit dans un acte social de communication orale . L’écrit, quant à lui, n’est qu’une convention de signes qui reflète la langue parlée. Il importe de bien comprendre cette distinction entre l’oral et l’écrit et l’apport mineur que joue scientifiquement le deuxième dans l’étude du système de la langue.

Si l’apport de la langue écrite n’est pas significatif à l’étude linguistique, elle aura néanmoins toute sa place en communication. De ce point de vue, l’écrit possède les avantages des inconvénients de l’oral, et vice-versa. L’inconvénient majeur de l’écrit reste l’absence quasi totale de rétroaction de la part du lecteur, d’où l’importance pour le rédacteur de contrôler tous les éléments du message pour qu’il est l’effet escompté.

Le rédacteur professionnel, fiduciaire de la réputation de son employeur ou client, sait adapter ses écrits en tenant compte avant tout de son destinataire. Comme il est rare qu’un rédacteur écrive pour une seule personne, le destinataire correspond généralement à un personnage-type qui possèdent les caractéristiques communes des membres d’un groupe et choisies consciencieusement.

Le contexte dans lequel évolue le destinataire et dans lequel est produit le message constitue une donnée importante. Un parti politique en crise ne s’adressera pas nécessairement de la même façon à ses membres qu’aux électeurs. L’ironie peut aussi mener à un échec total de la communication, tout comme le phénomène des memes sur le Web. À cet effet, la théorie de la pertinence mise de l’avant par Dan Sperber et Dierdre Wilson est une avenue exploratoire envisageable pour le langagier qui souhaite réfléchir à la question.

L’adaptation du message écrit doit aussi tenir compte du canal de communication. Ainsi, l’approche par genre et par forme d’écrit est inhérent à la formation du rédacteur: le rapport annuel est différent du texte de promotion et le texte de promotion change qu’il soit sous forme d’une affiche ou d’un dépliant. La première forme exige de la concision, la seconde, un sens aiguisé de l’organisation d’information.

Finalement, on oublie souvent l’émetteur comme élément clé dans la perception du message. L’idéologie du destinataire peut influencer les connotations que prennent les messages. Les environnementalistes, par exemple, sont plus méfiants envers les promoteurs de projets immobiliers. Personnellement, je perçois souvent le langage des organismes publics comme infantilisant, pire parfois, arrogant.

La réussite à «contrôler» les éléments du message passent  inévitablement par la maîtrise du code. Pour le rédacteur, cela se traduit par la connaissance approfondie des variations linguistiques, qui ne s’acquiert qu’avec l’étude… du système de la langue!

Jamais… sauf une fois au chalet

Le français du Québec connaît beaucoup d’expression à étymologie populaire. Le genre d’expression qui trouve son origine dans des proximités phonétiques à l’anglais ou des conceptions référentielles improbables, bref qui n’ont rien à voir avec quelconque argument scientifique. Anne-Marie Beaudoin-Bégin parle du bonhomme sept-heures, Ludmila Bovet, d’enfirouaper, et j’avoue m’être laissé aller dans les pires inepties pour parler de coudonc (qui vient de « écoute donc », soi dit en passant).

Mais voilà que j’entends de plus en plus souvent, à Québec, l’expression «J’ai jamais… sauf une fois au chalet». Je me permets donc de vous offrir de l’étymologie en amont pour éviter que mes petits-enfants fassent une analogie douteuse avec une serveuse du Chalet suisse.

 

Le dictionnaire des synonymes de Caen n’est pas la panacée

Le Dictionnaire électronique des synonymes du Centre de recherches interlangues sur la signification en contexte (CRISCO) de l’Université Caen (http://www.crisco.unicaen.fr/des/) est connu -et reconnu- comme LA ressource électronique dans le domaine, principalement en raison de son exhaustivité: il contient 49 000 entrées.

Entrez votre mot, et le tour est joué! Vraiment? Non!

Ce n’est pas pour rien que les dictionnaires de langue écrivent sur leur couverture le nombre de mots et de sens que leur nomenclature contient. Les éditeurs savent que c’est un argument de vente! Les utilisateurs pensent qu’ils en ont plus pour leur argent, ou qu’ils ont accès à une plus grande partie de la langue. Toutefois, cela ne garantit pas la qualité de l’ouvrage!

La nomenclature du dictionnaire du CRISCO est issue de la fusion de sept dictionnaires faite en 1998:

Ces relations de synonymie proviennent de sept dictionnaires classiques: deux dictionnaires analogiques (le Grand Larousse et le Grand Robert), deux dictionnaires des synonymes du 19e siècle (Lafaye et Guizot), et trois dictionnaires des synonymes du milieu et de la fin du 20e siècle (Bailly, Bénac et Du Chazaud).

- Cahier du CRISCO n°17, p.1

À mes yeux, cela constitue un point faible. Faible parce que l’usage se modifie constamment:  plus on s’éloigne dans le temps des entrées d’origine, plus on est susceptible d’obtenir des synonymes loin des réalités actuelle ou contextuelle. Prenons l’exemple du mot abolition. Le DES nous suggère abolissement, un mot qui n’est plus en usage depuis quelque temps. C’est pourquoi la prudence est de mise!

En revanche, un point fort de ce dictionnaire est de pouvoir rechercher des locutions (quand bien même, même si, à propos de, etc.).

L’intérêt principal d’un tel dictionnaire est surtout celui de pouvoir explorer le traitement automatique du langage et les liens sémantiques entre les entrées. Mais ça, ce sont mes lubies d’universitaire!

Starbucks de l’Aéroport Mtl-Trudeau: un mélange parfait

Mon amie Geneviève a croqué cette photo sur le vif au Starbucks de l’Aéroport Montréal-Trudeau. Sur une affiche de 17 mots, combien de fautes êtes-vous en mesure d’identifier?

Gâtez-vous avec un moka fait à la main!

Il y a 6 fautes dans cette affiche. Ce que nous aurions dû lire va comme suit : «Gâtez-vous avec un moka fait à la main! Un mélange parfait entre le cacao et lexpresso»

1. Le trait d’union est nécessaire lors d’une inversion sujet-verbe.

2. Mocha est un cas particulier. Il s’agit d’un emprunt à l’anglais, lui-même issu de l’italien mocaccino. Le français a directement emprunté mocaccino de l’italien, mais nous avons emprunté moka au sens de «café composé de cappucino, de crème et de cacao» à l’anglais.  Je soupçonne la transformation du ch en k pour des raisons purement phonétiques. En théorie, et en français, moka est un emploi métonymique puisque le moka est une sorte de graines de café récoltées au Yémen.

3. L’adjectif participial fait doit être accordé en genre et en nombre avec moka, masculin, singulier.

4. Cocoa, vraiment? Come on!

5. La répétition des articles définis est obligatoire lorsque deux noms communs sont coordonnés par et, ni, ou, soit. L’auteur aurait pu aussi écrire Un mélange parfait entre cacao et expresso.

6. Voilà une mauvaise habitude que bien des francophones sont en train d’acquérir que de mettre une majuscule au début de chaque substantif dans les titres ou les messages courts. Un E majuscule à expresso n’est pas nécessaire!

Toi, motard bruyant

Si vous passez par l’île d’Orléans, la Chocolaterie de l’Île d’Orléans à Sainte-Pétronille est un must. Si vous êtes du type à respecter la tranquillité du voisinage du commerce, l’auteur de cette affiche vous remercie!

Motard bruyant, tu pollues par le buit... Toi qui respecte la tranquilité, Merci!

Le hic est qu’elle est truffée de fautes :

  1. Motard est péjoratif, curieuse façon de demander le respect;
  2. Être bruyant par le bruit, c’est un pléonasme;
  3. Toi est un pronom personnel. À cet effet, respecte doit s’accorder à la deuxième personne du singulier;
  4. Tranquillité n’est pas touché par les rectifications de la nouvelle orthographe et doit continuer de s’écrire avec deux l.

Ma solution: Motocyclistes, merci de respecter ma tranquillité!

La métonymie

Je me suis aperçu récemment combien nous avons recours à la métonymie dans notre langage quotidien. Les journaux et médias sociaux n’y échappent pas. La métonymie consiste à nommer un concept à l’aide d’un autre qui ne signifie pas la même chose, mais qui sont unis par une relation contigüe.

Par exemple, on nomme souvent les sièges de gouvernement ou de décision par l’endroit où il se situe. Les médias parle de Québec pour désigner l’Assemblée nationale ou de la Maison Blanche pour parler du gouvernement américain.

On fait aussi appel à la métonymie pour parler du temps: «Au cégep, au secondaire» servent à parler d’une période donnée de la vie de quelqu’un.

D’autres exemples: tous les surnoms qui témoigne d’un trait physique ou de caractère, boire un verre, hôtesse de l’air, faire un barbecue, les fautes de français sur les emballages, la conclusion d’un livre, un heureux hasard, être de ceux ou celles,  oignon (le légume est le bulbe de la plante du même nom), pêter la gueule, manteau de vison, être en quarantaine, aller au rendez-vous (en parlant du lieu), une chanson qui joue à la radio

Avez-vous des exemples?

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